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ICBL deplore les continuelles entraves a l’interdiction des mines antipersonnel en Egypte

(Le Caire, Egypte : le 11 avril 2000) A l'ouverture de la conférence régionale sur les mines antipersonnel, la Campagne Internationale pour l'Interdiction des Mines Antipersonnel (ICBL) a appelé l'Egypte à stopper son soutien à l'utilisation de ces armes, qui tuent ou mutilent 26 000 civils par an, et à rejoindre les 137 pays qui ont signé le Traité d'interdiction des mines de 1997. La Campagne a invité les autres gouvernements du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord à en faire autant.

Aujourd'hui, à l'issue de la conférence, la Campagne ICBL, lauréat du Prix Nobel de la Paix 1997, a déploré la manipulation de la Déclaration finale de la conférence régionale sur les mines antipersonnel et a de nouveau appelé l'Egypte et l'ensemble des pays non signataires à adhérer au Traité de 1997.

« Aujourd'hui la démocratie n'a pas prévalu lorsque le principal organisateur de la conférence, le Centre National pour les Etudes sur le Moyen-Orient, a publié la Déclaration Finale de la Conférence qui se conforme totalement avec la politique actuelle du gouvernement égyptien contre l'interdiction des mines et n'inclut aucune des recommandations et suggestions, nombreuses et constructives, émises par les participants », a déclaré Belkacem Elomari, de la campagne marocaine d'ICBL. Les représentants de la campagne ICBL originaires de la région ont participé tout autant que les représentants des gouvernements de la Ligue Arabe. La Conférence s'est tenue dans l'immeuble de la Ligue Arabe du Caire.

Lorsque la Déclaration Finale a été lue à la fin de la Conférence, aucun débat ou même l'adoption de la Déclaration n'a été autorisé. Le Centre National pour les Etudes sur le Moyen-Orient a expliqué aux participants qu'ils pouvaient émettre des suggestions par courrier lorsque la conférence serait terminée. Les participants d'ICBL ont alors rédigé une déclaration qui stipule : « ICBL souhaite se dissocier de cette conférence et de ses recommandations qui impliquent l'approbation de l'utilisation continue de mines antipersonnel et qui appellent² à des négociations lors de la Conférence sur le désarmement. Elles n'incluent pas l'appel pour une interdiction des mines antipersonnel ni n'encouragent les pays arabes non signataires à adhérer au Traité d'Interdiction des Mines de 1997 comme il l'a été demandé par ICBL. Adhérez maintenant ! »

La Jordanie, le Qatar, la Tunisie et le Yémen ont signé et ratifié le Traité d'Interdiction, alors que l'Algérie, la Mauritanie et le Soudan ont signé mais pas encore ratifié. Treize pays de la région n'ont pas encore signé : Bahreïn, l'Egypte, l'Iraq, l'Iran, l'Israël, le Koweït, le Liban, la Libye, le Maroc, Oman, l'Arabie Saoudite, la Syrie et les Emirats Arabes Unis. A l'échelle mondiale, 137 pays ont signé et 94 ont ratifié.

« C'est un triste incident qui s'inscrit sur la liste croissante des nombreux exemples qui illustrent des situations où l'Egypte a fait barrage à toute référence à l'interdiction des mines antipersonnel ou au Traité d'Interdiction des Mines », a déclaré Mary Wareham de Human Rights Watch, membre d'ICBL, Prix Nobel de la Paix 1997. « L'Egypte a agit à l'encontre du Traité lors de rencontres internationales majeures, notamment lors de la dernière session de l'Assemblée Générale des Nations-Unies ou encore la semaine dernière lors du Sommet Europe-Afrique au Caire. La Déclaration du Sommet Europe-Afrique ne contient aucune référence à la nécessité de l'universalisation du Traité ni ne lie son appel au déminage et à l'assistance aux victimes à la charpente que procure ce Traité unique et sans précédent ». Le Traité d'Interdiction des Mines interdit totalement l'ensemble des mines antipersonnel, exige la destruction des stocks de mines quatre ans après l'entrée en vigueur du traité, impose la destruction des mines présentes dans le sol dans un délai de dix ans et encourage vivement la mise en place de programmes d'assistance aux victimes de mines antipersonnel.

« Tout au long de cette rencontre, nous avons entendu l'Egypte plaider sans cesse pour obtenir une assistance internationale afin de régler le problème des mines en Egypte », a expliqué Mary Wareham. « L'Egypte rappelle fréquemment la nécessité de financer l'enlèvement des mines qui ont été posées dans son désert occidental mais omet de d'évoquer le sujet des mines qu'elle a posées à proximité du Canal de Suez et dans le Sinaï qui tuent et blessent tout autant de civils. Tant que l'Egypte refusera d'adhérer au Traité d'Interdiction, aucun donateur ne voudra financer les efforts du gouvernement en matière de déminage », a-t-elle poursuivi. « L'Egypte doit se joindre à l'effort d'ensemble visant à résoudre le problème des mines, particulièrement dans cette région du monde où il y a un besoin réel d'une approche globale, concrète et planifiée à long terme pour en venir à bout ».

« Ayant vécu une explosion de mine antipersonnel et perdu une jambe à cause de cette mine, je pense que la douleur sanglante qu'évoque ce souvenir tragique ne pourra cicatriser si rien n'est fait pour éradiquer ce fléau », a expliqué Kamel Sa'adi, un survivant des mines jordanien, blessé il y a de cela 21 ans, alors qu'il en avait 14. « Mes souffrances sont causées par chaque personne qui continue de s'opposer au Traité d'Interdiction. L'Egypte peut et doit signer l'interdiction de cette arme », a-t-il poursuivi.

L'Egypte continue de produire des mines antipersonnel, ainsi que deux autres pays de la région, l'Iran et l'Iraq. Des mines fabriquées en Egypte ont été utilisées dans plusieurs pays et notamment l'Afghanistan, l'Angola, l'Erythrée, l'Ethiopie, l'Iraq, le Nicaragua, le Rwanda, la Somalie et le Soudan. La quasi-totalité des pays de la région ont stocké des mines antipersonnel. Les officiels égyptiens déclarent occasionnellement que l'Egypte n'exporte plus de mines, mais aucune déclaration ou politique officielle n'a vu le jour.

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